OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
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OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
On trouve des flûtes de Pan sur 4 des 5 continents ! De toutes tailles, dans des matériaux très différents et bien sûr avec des techniques de jeu et des répertoire très différents.
Dans ce petit article, je me propose d'essayer d'éclaircir déjà un peu les choses, espérant que cela suscitera une discussion et que ce sera une belle matière d'échanges.
----
Quand on est français, les flûtes de Pan que l'on entend appartiennent à 99% à l'un ou l'autre des genres suivants : d'une part, les flûtes sud-américaines, et d'autre part les flûtes roumaines. Mais alors que les flûtes de Pan roumaines, les naïs, sont toutes faites sur le même modèle, mais dans des tailles différentes, basse, ténor, soprano... les flûtes sud-américaines sont, elles, remarquablement diverses !
Ce premier point a déjà une conséquence que l'on peut mettre en évidence. Alors qu'avec la flûte roumaine, on joue tout sur la même flûte, les flûtes sud-américaines sont très spécialisées. On y utilise une flûte pour un style donné, et si on change de style, on change aussi de flûte ! Les musiciens sud-américains jouent toujours plus d'une flûte !
Donc, un naï est un naï... la seule variable que l'on retient à ce stade est sa taille.
Mais une flûte de Pan sud-américaine sera un siku, un toyo, une antara, un rondador, etc. Et il n'y a rien de commun entre ces flûtes si ce n'est que ce sont toujours des ensembles de tuyaux. Mais entre un rondador, avec son jeu très spécifique et technique, une antara de pierre, ou un immense toyo, avec chacun sa technique, son répertoire, son aire de naissance, etc, il n'y a que fort peu de points communs (hormis que ce sont des ensembles de tuyaux).
Ensuite, il faut bien parler de celles qu'on entend moins, et qui sont parfois tout simplement fabuleuses !
En Mélanésie, on joue de la flûte de Pan dans certaines iles dans des formations multiples et pour des répertoires remarquablement savants ! On peut parler musicologiquement parlant de répertoire savant par exemple quand on connaît le compositeur d'une pièce, et c'est le cas par exemple chez les Are-Are. Ils ne connaissent pas l'écriture de la musique mais les traditions musicales sont tellement vivantes chez ce peuple que le répertoire se transmet de génération en génération, par voie orale, et sans jamais perdre de sa vigueur, ni de son histoire. Aujourd'hui encore, on sait qui composa telle ou telle pièce, et pour quelle circonstance !
En Italie, dans le piedmont alpin, on trouve des grands ensembles de flûtes de Pan parfaitement italiennes ! Les "firlinfeu". Cette tradition est très vivante. J'espère pouvoir en dire un peu plus à ce sujet très bientôt, car je viens de nouer un contact avec un directeur de musée, lui-même créateur puisqu'il a réalisé un film sur un célèbre fabricant de ces firlinfeu récemment décédé. (En fait, j'espère obtenir le droit de diffuser quelques extraits de ce film sur le site... C'est pas gagné parce que c'est toujours compliqué ce genre de chose quand la question des "droits" se pose... Mais je suis optimiste...).
En chine et en orient, difficile à nouveau de s'y retrouver, les flûtes de Pan ont plusieurs formes très différentes, mais elles portent toutes le même nom ! Un vrai casse-tête !
Et de plus, il n'y a que fort peu de temps qu'on arrive à communiquer avec des chinois (grâce à internet d'ailleurs...). Pour l'instant, j'ai eu plusieurs contacts mais sans obtenir le moindre résultat intéressant d'un point de vue organologique (l'étude des instruments de musique). A noter qu'en Chine, comme en Grèce, la flûte de Pan est liée à un mythe originel. Ce qui en ferait en soi une sujet passionnant d'étude !
Je pense que ça va évoluer favorablement... Particulièrement quand la barrière de la langue va tomber (mes contacts chinois, eux-même joueurs de flûtes de Pan chinoises, étaient très gentils... mais parlaient quelques centaines de mots anglais, dans le meilleur des cas...).
En Corée, il y a actuellement de grands ensemble de flûte de Pan, plusieurs dizaines de musiciens... mais ils ont massivement abandonné leurs flûtes de Pan traditionnelles et ont tout aussi massivement adopté une facture totalement inspirée des naïs roumains ! Et ça très récemment...
Voilà, voilà, Il y a encore des dizaines d'autres flûtes qui mériteraient d'être citées... Et de mon point de vue, je dirais même TOUTES... Mais, comme je l'ai déjà dit par ailleurs, une vie n'y suffirait pas !
Un dernier point, un peu triste... Tout comme on peut apprendre qu'il y a des espèces végétales ou animales qui disparaissent chaque jour... on apprend aussi qu'il y a des flûtes qui disparaissent... Ces flûtes, qui ont des histoires le plus souvent multi-millénaires, souffrent de la MacDonalisation... il est bien dommage que l'incroyable ouverture sur le monde aujourd'hui permise par la technologie, soit aussi synonyme du broyage (c'est bien le mot qui me semble le plus approprié...) de sociétés traditionnelles, qui disparaissent sans laisser d'autres traces que quelques pièces dans les musées...
Tout ça advient sans troubler le moins du monde nos politiques...
Il y a une quinzaine d'année, j'ai tenté avec un ami algérien, professeur au conservatoire d'Annaba (Algérie) de monter une petite expédition pour aller recueillir le dernier souffle d'une flûte dans un désert d'Afrique du nord... En vain... nous n'avons jamais su intéresser qui que ce soit... Pire même, on nous disait que c'était bien intéressant, mais on ne nous a jamais donné les moyens... Aujourd'hui cette flûte est morte... A l'époque il n'y avait plus que trois personnes qui en jouaient... Tous trois décédés aujourd'hui...
Moi, ça me rend bien triste...
Alors une bonne nouvelle ! Il y a aussi des facteurs d'instruments qui inventent des choses ! Et des flûtes qui naissent !
Gilles
Dans ce petit article, je me propose d'essayer d'éclaircir déjà un peu les choses, espérant que cela suscitera une discussion et que ce sera une belle matière d'échanges.
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Quand on est français, les flûtes de Pan que l'on entend appartiennent à 99% à l'un ou l'autre des genres suivants : d'une part, les flûtes sud-américaines, et d'autre part les flûtes roumaines. Mais alors que les flûtes de Pan roumaines, les naïs, sont toutes faites sur le même modèle, mais dans des tailles différentes, basse, ténor, soprano... les flûtes sud-américaines sont, elles, remarquablement diverses !
Ce premier point a déjà une conséquence que l'on peut mettre en évidence. Alors qu'avec la flûte roumaine, on joue tout sur la même flûte, les flûtes sud-américaines sont très spécialisées. On y utilise une flûte pour un style donné, et si on change de style, on change aussi de flûte ! Les musiciens sud-américains jouent toujours plus d'une flûte !
Donc, un naï est un naï... la seule variable que l'on retient à ce stade est sa taille.
Mais une flûte de Pan sud-américaine sera un siku, un toyo, une antara, un rondador, etc. Et il n'y a rien de commun entre ces flûtes si ce n'est que ce sont toujours des ensembles de tuyaux. Mais entre un rondador, avec son jeu très spécifique et technique, une antara de pierre, ou un immense toyo, avec chacun sa technique, son répertoire, son aire de naissance, etc, il n'y a que fort peu de points communs (hormis que ce sont des ensembles de tuyaux).
Ensuite, il faut bien parler de celles qu'on entend moins, et qui sont parfois tout simplement fabuleuses !
En Mélanésie, on joue de la flûte de Pan dans certaines iles dans des formations multiples et pour des répertoires remarquablement savants ! On peut parler musicologiquement parlant de répertoire savant par exemple quand on connaît le compositeur d'une pièce, et c'est le cas par exemple chez les Are-Are. Ils ne connaissent pas l'écriture de la musique mais les traditions musicales sont tellement vivantes chez ce peuple que le répertoire se transmet de génération en génération, par voie orale, et sans jamais perdre de sa vigueur, ni de son histoire. Aujourd'hui encore, on sait qui composa telle ou telle pièce, et pour quelle circonstance !
En Italie, dans le piedmont alpin, on trouve des grands ensembles de flûtes de Pan parfaitement italiennes ! Les "firlinfeu". Cette tradition est très vivante. J'espère pouvoir en dire un peu plus à ce sujet très bientôt, car je viens de nouer un contact avec un directeur de musée, lui-même créateur puisqu'il a réalisé un film sur un célèbre fabricant de ces firlinfeu récemment décédé. (En fait, j'espère obtenir le droit de diffuser quelques extraits de ce film sur le site... C'est pas gagné parce que c'est toujours compliqué ce genre de chose quand la question des "droits" se pose... Mais je suis optimiste...).
En chine et en orient, difficile à nouveau de s'y retrouver, les flûtes de Pan ont plusieurs formes très différentes, mais elles portent toutes le même nom ! Un vrai casse-tête !
Et de plus, il n'y a que fort peu de temps qu'on arrive à communiquer avec des chinois (grâce à internet d'ailleurs...). Pour l'instant, j'ai eu plusieurs contacts mais sans obtenir le moindre résultat intéressant d'un point de vue organologique (l'étude des instruments de musique). A noter qu'en Chine, comme en Grèce, la flûte de Pan est liée à un mythe originel. Ce qui en ferait en soi une sujet passionnant d'étude !
Je pense que ça va évoluer favorablement... Particulièrement quand la barrière de la langue va tomber (mes contacts chinois, eux-même joueurs de flûtes de Pan chinoises, étaient très gentils... mais parlaient quelques centaines de mots anglais, dans le meilleur des cas...).
En Corée, il y a actuellement de grands ensemble de flûte de Pan, plusieurs dizaines de musiciens... mais ils ont massivement abandonné leurs flûtes de Pan traditionnelles et ont tout aussi massivement adopté une facture totalement inspirée des naïs roumains ! Et ça très récemment...
Voilà, voilà, Il y a encore des dizaines d'autres flûtes qui mériteraient d'être citées... Et de mon point de vue, je dirais même TOUTES... Mais, comme je l'ai déjà dit par ailleurs, une vie n'y suffirait pas !
Un dernier point, un peu triste... Tout comme on peut apprendre qu'il y a des espèces végétales ou animales qui disparaissent chaque jour... on apprend aussi qu'il y a des flûtes qui disparaissent... Ces flûtes, qui ont des histoires le plus souvent multi-millénaires, souffrent de la MacDonalisation... il est bien dommage que l'incroyable ouverture sur le monde aujourd'hui permise par la technologie, soit aussi synonyme du broyage (c'est bien le mot qui me semble le plus approprié...) de sociétés traditionnelles, qui disparaissent sans laisser d'autres traces que quelques pièces dans les musées...
Tout ça advient sans troubler le moins du monde nos politiques...
Il y a une quinzaine d'année, j'ai tenté avec un ami algérien, professeur au conservatoire d'Annaba (Algérie) de monter une petite expédition pour aller recueillir le dernier souffle d'une flûte dans un désert d'Afrique du nord... En vain... nous n'avons jamais su intéresser qui que ce soit... Pire même, on nous disait que c'était bien intéressant, mais on ne nous a jamais donné les moyens... Aujourd'hui cette flûte est morte... A l'époque il n'y avait plus que trois personnes qui en jouaient... Tous trois décédés aujourd'hui...
Moi, ça me rend bien triste...
Alors une bonne nouvelle ! Il y a aussi des facteurs d'instruments qui inventent des choses ! Et des flûtes qui naissent !
Gilles
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Merci, cet article est très intéressant, je ne savais pas qu'il y avait tant de flûte différentes, et encore moins qu'on en avait fait en pierre ! Eh oui malheureusement beaucoup de choses disparaissent sans que quiconque (hormis quelques passionnés) ne s'y intéresse, c'est bien triste. 

galaadrielle- Admin

- Messages: 61
Date d'inscription: 10/10/2009
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Pour ceux que la science et la recherche intéressent et qui ont un peu de temps à consacrer à l'histoire de l'instrument, le très sérieux site Persée parfois ardu, mais où tout est scientifiquement vérifié:
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/search/?p_p_action=1&
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/search/?p_p_action=1&
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Bonjour,
Oui, le site Persée est vraiment très riche ! Mais pour autant, on est dans les sciences humaines et je ne dirais pas que tout est scientifiquement vérifié...
Ces articles reflètent fortement les époques où ils ont pu être écrits, ou encore le credo de l'auteur... Il y a un monde entre les démarches contemporaines, lesquelles s'appuient bien sûr sur les efforts, et les errements, des précurseurs, et tendent toujours vers une plus grande "neutralité" scientifique, vers la vérification des données, etc, et les démarches plus anciennes, où on est parfois loin d'un minimum d'objectivité, et où l'on faisait avec les savoirs du temps...
Par exemple, certains articles reflètent un romantisme (hérité de longue date, et qui prend sans doute sa source dans la "quête" médiévale de l'harmonie des sphères, à bien des égards comparable à la quête du Graal...) bien peu scientifique... D'autres fois, c'est un bien petit fait qui motive de riches conclusions...
Et parfois j'y ai vu des amalgames, voire aussi des répétitions de credo antécédents, mais toujours invérifiés...
Jacques Chailley (remarquable théoricien de la musique) dans son ouvrage "l'imbroglio des modes", avait par exemple mis en évidence que notre théorie modale, vendue comme étant un avatar direct de la théorie grecque ancienne encore jusqu'à après guerre, n'avait en fait plus rien à voir avec la théorie grecque initiale. Il a mis en évidence, en parcourant les théoriciens depuis les plus anciens travaux, que notre théorie modale représente en fait l'accumulation de 27 strates d'erreurs... La cause première étant que les anciens avait l'habitude de recopier les travaux plus anciens (sans toujours préciser leurs sources... les filous !) mais pas sans faire de fautes d'interprétation, ou plus bêtement de copie... De cela on comprend qu'il n'est pas facile d'aiguiser son sens critique ici, puisqu'il y a des "lignées" d'erreurs, comme aussi des filiations de modes de pensées, et parfois encore la nécessité de tirer fermement des conclusions dans une direction (quand les travaux étaient financés par le clergé, ou par un groupe qui peut y trouver un intérêt, par exemple)...
Mais tout ça est aussi très intéressant en soi !
Et on y trouve aussi des travaux plus récents et remarquables (comme ceux d'Hugo Zemp).
Oui, le site Persée est vraiment très riche ! Mais pour autant, on est dans les sciences humaines et je ne dirais pas que tout est scientifiquement vérifié...
Ces articles reflètent fortement les époques où ils ont pu être écrits, ou encore le credo de l'auteur... Il y a un monde entre les démarches contemporaines, lesquelles s'appuient bien sûr sur les efforts, et les errements, des précurseurs, et tendent toujours vers une plus grande "neutralité" scientifique, vers la vérification des données, etc, et les démarches plus anciennes, où on est parfois loin d'un minimum d'objectivité, et où l'on faisait avec les savoirs du temps...
Par exemple, certains articles reflètent un romantisme (hérité de longue date, et qui prend sans doute sa source dans la "quête" médiévale de l'harmonie des sphères, à bien des égards comparable à la quête du Graal...) bien peu scientifique... D'autres fois, c'est un bien petit fait qui motive de riches conclusions...
Et parfois j'y ai vu des amalgames, voire aussi des répétitions de credo antécédents, mais toujours invérifiés...
Jacques Chailley (remarquable théoricien de la musique) dans son ouvrage "l'imbroglio des modes", avait par exemple mis en évidence que notre théorie modale, vendue comme étant un avatar direct de la théorie grecque ancienne encore jusqu'à après guerre, n'avait en fait plus rien à voir avec la théorie grecque initiale. Il a mis en évidence, en parcourant les théoriciens depuis les plus anciens travaux, que notre théorie modale représente en fait l'accumulation de 27 strates d'erreurs... La cause première étant que les anciens avait l'habitude de recopier les travaux plus anciens (sans toujours préciser leurs sources... les filous !) mais pas sans faire de fautes d'interprétation, ou plus bêtement de copie... De cela on comprend qu'il n'est pas facile d'aiguiser son sens critique ici, puisqu'il y a des "lignées" d'erreurs, comme aussi des filiations de modes de pensées, et parfois encore la nécessité de tirer fermement des conclusions dans une direction (quand les travaux étaient financés par le clergé, ou par un groupe qui peut y trouver un intérêt, par exemple)...
Mais tout ça est aussi très intéressant en soi !
Et on y trouve aussi des travaux plus récents et remarquables (comme ceux d'Hugo Zemp).
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Quand je dis scientifiquement vérifié, celà s'entend bien évidemment par les critères de jugement en vigueur à l'époque de la publication.
Le générateur d'erreurs qu'est la doctrine de la transmission écrite me semble évident.
Dans deux générations , il est fort à parier que certaines de nos certitudes seront la risée de nos enfants.
Dans Persée, il est intéressant et toujours enrichissant de retrouver (sans sortir de chez soi) ce qui a pu se faire.
Pour ma part, j'ai retrouvé des descriptions organologiques qui, mis à part les réflexions cocasses de l'époque, ne me semblaient pas le fait d'illuminés de l'ésotérisme que l'on rencontre actuellement et qui "mayonaisent" un peu tout, et qui d'ailleurs devaient aussi sévir à l'époque où nombre des ouvrages présentés du site ont été écris.
Pour la théorie de la musique, je suis tellement influencé par mes carences dans cette discipline et par le mode de transmission orale de la musique que je pratique qu'il m'est difficile de porter un jugement. J'observe simplement la cohabitation entre l'appréciation séculairement encyclopédique de la musique et les réactions des musiciens de tradition orale pure que je fréquente: ça s'appelle avoir le derrière entre deux chaises, et c'est une position passionnante.
Le générateur d'erreurs qu'est la doctrine de la transmission écrite me semble évident.
Dans deux générations , il est fort à parier que certaines de nos certitudes seront la risée de nos enfants.
Dans Persée, il est intéressant et toujours enrichissant de retrouver (sans sortir de chez soi) ce qui a pu se faire.
Pour ma part, j'ai retrouvé des descriptions organologiques qui, mis à part les réflexions cocasses de l'époque, ne me semblaient pas le fait d'illuminés de l'ésotérisme que l'on rencontre actuellement et qui "mayonaisent" un peu tout, et qui d'ailleurs devaient aussi sévir à l'époque où nombre des ouvrages présentés du site ont été écris.
Pour la théorie de la musique, je suis tellement influencé par mes carences dans cette discipline et par le mode de transmission orale de la musique que je pratique qu'il m'est difficile de porter un jugement. J'observe simplement la cohabitation entre l'appréciation séculairement encyclopédique de la musique et les réactions des musiciens de tradition orale pure que je fréquente: ça s'appelle avoir le derrière entre deux chaises, et c'est une position passionnante.
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Pour moi, tout en musique est théorisé... Cela ne change rien que la transmission soit orale puisque dans chaque culture (encore vivante) on trouve de vieux, ou plus jeunes, savants qui ont une compréhension éclairée des phénomènes en jeu. Chez les 'Are 'are par exemple, le recours à la transmission purement orale n'empêche pas le moins du monde qu'ils utilisent des échelles musicales pour le moins savantes et précises, et des codes particulièrement bien établis... Que dire de la sophistication de certaines polyrythmies africaines ?
La théorie aussi se véhicule très bien par l'oralité. Ce qui nous cache qu'il y a bien théorie, c'est peut-être qu'elle est partagée par un grand nombre, alors que pour l'Occident, la théorie semble n'être qu'un fait quasi élitiste.
En fait, j'assimile très clairement la perte de la "théorie" à un grave appauvrissement culturel.
Actuellement, on voit dans les brassages culturels une source de renouveau musical (qui se théorise d'ailleurs), mais peut-on pour autant négliger que dans le même temps, des traditions séculaires (vivantes, évoluant encore jusqu'à peu...) se perdent irrémédiablement. La théorie, en musique, c'est peut-être simplement les racines expliquées...
Déracinement, voilà qui dit bien ce que ça veut dire... Par exemple, les musiciens sud américains émigrés en Occident n'utilisent plus guère les échelles pentatoniques en tempérament inégal, alors que ces échelles furent toujours le produit d'approches "savantes", théorisables et théorisées, et pas seulement empiriques. Alors, peut on vraiment considérer une pratique au travers de ce qui en demeure, après quelques siècles, ou dizaines d'années (mais tout va vite aujourd'hui...) d'appauvrissement culturel, pour ne pas dire d'asservissement culturel, de perte de sens, et de toute théorie (orale ou écrite...)...
C'est triste, mais ce n'est pas pour autant le fait de la culture orale, mais bien du déracinement (et on peut même se voir "déraciné" sans même quitter son territoire ! C'est relativement nouveau, mais la tendance est forte...).
La théorie aussi se véhicule très bien par l'oralité. Ce qui nous cache qu'il y a bien théorie, c'est peut-être qu'elle est partagée par un grand nombre, alors que pour l'Occident, la théorie semble n'être qu'un fait quasi élitiste.
En fait, j'assimile très clairement la perte de la "théorie" à un grave appauvrissement culturel.
Actuellement, on voit dans les brassages culturels une source de renouveau musical (qui se théorise d'ailleurs), mais peut-on pour autant négliger que dans le même temps, des traditions séculaires (vivantes, évoluant encore jusqu'à peu...) se perdent irrémédiablement. La théorie, en musique, c'est peut-être simplement les racines expliquées...
Déracinement, voilà qui dit bien ce que ça veut dire... Par exemple, les musiciens sud américains émigrés en Occident n'utilisent plus guère les échelles pentatoniques en tempérament inégal, alors que ces échelles furent toujours le produit d'approches "savantes", théorisables et théorisées, et pas seulement empiriques. Alors, peut on vraiment considérer une pratique au travers de ce qui en demeure, après quelques siècles, ou dizaines d'années (mais tout va vite aujourd'hui...) d'appauvrissement culturel, pour ne pas dire d'asservissement culturel, de perte de sens, et de toute théorie (orale ou écrite...)...
C'est triste, mais ce n'est pas pour autant le fait de la culture orale, mais bien du déracinement (et on peut même se voir "déraciné" sans même quitter son territoire ! C'est relativement nouveau, mais la tendance est forte...).
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
On ne peut pas nier que la transmission orale de toute culture, fut-elle andine, soit fondée sur une théorie.
Entendre un air célèbre sud-américain joué au naï roumain sur une adaptation revue et corrigée par Simon et Garfunkel qui oeuvraient accompagnés par un célèbre musicien français qui a extirpé cette pièce musicale (et par ailleurs déposée à la SACEM) d'une opérette du répertoire sud américain du début du siècle ( le XXeme) écrite à l'origine sur partition par un musicien de formation toute classique et d'inspiration traditionnelle me rend perplexe.
Que dire quand, de plus , j'entends cet air, interprété par des sud américains authentiques dans les rues des villes à se tordre la bouche à essayer de jouer avec des antaras ou des sikus traditionnels pour essayer de reproduire les modulations caractéristiques du naï?
Etudier des cultures radicalement différentes de la nôtre, avec, notre vision, notre language, notre méthodologie et donc nos théories, me questionne. N'est-ce pas là une forme d'appropriation, et , malgré toutes les bonnes intentions, peut-on présager et se préserver du bon usage de cette méthode?
Entendre un air célèbre sud-américain joué au naï roumain sur une adaptation revue et corrigée par Simon et Garfunkel qui oeuvraient accompagnés par un célèbre musicien français qui a extirpé cette pièce musicale (et par ailleurs déposée à la SACEM) d'une opérette du répertoire sud américain du début du siècle ( le XXeme) écrite à l'origine sur partition par un musicien de formation toute classique et d'inspiration traditionnelle me rend perplexe.
Que dire quand, de plus , j'entends cet air, interprété par des sud américains authentiques dans les rues des villes à se tordre la bouche à essayer de jouer avec des antaras ou des sikus traditionnels pour essayer de reproduire les modulations caractéristiques du naï?
Etudier des cultures radicalement différentes de la nôtre, avec, notre vision, notre language, notre méthodologie et donc nos théories, me questionne. N'est-ce pas là une forme d'appropriation, et , malgré toutes les bonnes intentions, peut-on présager et se préserver du bon usage de cette méthode?
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Se méfier de soi-même n'est pas sot... que l'on soit ou non motivé par de saines intentions.
Je pense aussi que le bagage "classique", s'il constitue une bonne base, n'est pas suffisant le plus souvent. Les systèmes musicaux extra-européens sont rarement tonaux, or c'est bien là que notre théorie excelle.
Quand je parle de systèmes théorisés oralement véhiculés, cela n'implique nullement que cette théorie soit de la même essence que la notre. On peut trouver par exemple de fortes couleurs symboliques à la base d'un système, qui orienteront le dit-système sur d'autres voies que celles que l'Occident a emprunté... Par ailleurs, pour ceux qui auraient des doutes sur un tel postulat, il ne serait pas difficile de démontrer que cette symbolique n'est pas absente de notre propre système (pas toujours évident de faire le lien, mais qu'est-ce qu'un C barré en début de partition classique ?). Mais si bien sûr un bagage modal est indispensable pour se frotter musicalement à ces cultures autres, ce n'est pas non plus un bagage inaccessible...
S'agissant des amérindiens défendant avec une belle conviction un "mix" stylistique, ça me fait selon les jours réagir bien différemment, du sourire (quand je vois d'abord leur pragmatisme et une belle énergie pour gagner leur vie), à l'écœurement (quand c'est l'acculturation qui me saute aux yeux).
Quant à l'impact des travaux d'ethnomusicologie, il me semble que les qualités humaines de ces personnes peuvent faire la différence. J'ai au moins quatre exemples en tête de travaux qui furent bien loin d'avoir un impact négatif.
Francisco Salvador-Daniel, directeur du conservatoire de Paris pendant la commune de Paris (et mort en défendant une barricade face aux versaillais) est un précurseur. De ses voyages dans le Maghreb, il ramène nombre de notes sur l'instrumentarium, les usages musicaux, les systèmes poétiques, et plein de mélodies. Alors certes, il ne perçoit pas l'importance de la modalité et n'hésite pas à harmoniser tout ça pour le faire entendre aux parisiens... Mais c'est la première fois qu'un occidental traite cette musique avec intérêt et même respect (hors la (grosse) faute de goût de l'harmonisation). Il élabore aussi une théorie, basée sur l'étude du système de versification qui ferait de certains peuples berbères des celtes... autant dire des cousins...
Plus tard, Alexis Chottin est à l'origine de la création d'un conservatoire de musique traditionnelle au Maroc, et si l'idée d'un conservatoire peut paraître grotesque, de son temps la possibilité que ne se perdent certaines spécificités dans l'interprétation du répertoire savant d'Afrique du nord était une triste réalité.
Rodolphe d'Erlanger, en organisant le congrès du Caire en 1932 ne saurait se voir reprocher ses efforts...
Je pourrai en citer d'autres qui ne me semblent avoir jamais manqué de respect face à une société extra-européenne... Et qui ont permis qu'on en sache un peu sur des cultures à l'agonie.

Hugo Zemp avec les 'Are 'are a fait un travail admirable, sans jugement moral (nombre des hommes qu'il fait parler ont pratiqué l'anthropophagie...), en donnant la parole à ceux qui avaient encore une connaissance large des us... Et qui sont aujourd'hui disparus (lire : "Ecoute le bambou qui pleure"...).
Les ethnomusicologues ne sont pas, du moins je le crois pour en avoir lu pas mal, dans l'appropriation... Surement qu'ils peuvent faire des erreurs, et qu'ils en font, mais les méthodes et la philosophie de ces recherches ont évolué, comme celle de de l'anthropologie, et sans doute parallèlement à elle (évolution qui doit ans doute beaucoup à l'auteur de Triste tropique... qui n'est pas le pire des bonshommes).
Mais moi aussi je m'interroge... L'enfer est pavé de bonnes intentions...
Suis-je trop curieux ?
Gilles
Je pense aussi que le bagage "classique", s'il constitue une bonne base, n'est pas suffisant le plus souvent. Les systèmes musicaux extra-européens sont rarement tonaux, or c'est bien là que notre théorie excelle.
Quand je parle de systèmes théorisés oralement véhiculés, cela n'implique nullement que cette théorie soit de la même essence que la notre. On peut trouver par exemple de fortes couleurs symboliques à la base d'un système, qui orienteront le dit-système sur d'autres voies que celles que l'Occident a emprunté... Par ailleurs, pour ceux qui auraient des doutes sur un tel postulat, il ne serait pas difficile de démontrer que cette symbolique n'est pas absente de notre propre système (pas toujours évident de faire le lien, mais qu'est-ce qu'un C barré en début de partition classique ?). Mais si bien sûr un bagage modal est indispensable pour se frotter musicalement à ces cultures autres, ce n'est pas non plus un bagage inaccessible...
S'agissant des amérindiens défendant avec une belle conviction un "mix" stylistique, ça me fait selon les jours réagir bien différemment, du sourire (quand je vois d'abord leur pragmatisme et une belle énergie pour gagner leur vie), à l'écœurement (quand c'est l'acculturation qui me saute aux yeux).
Quant à l'impact des travaux d'ethnomusicologie, il me semble que les qualités humaines de ces personnes peuvent faire la différence. J'ai au moins quatre exemples en tête de travaux qui furent bien loin d'avoir un impact négatif.
Francisco Salvador-Daniel, directeur du conservatoire de Paris pendant la commune de Paris (et mort en défendant une barricade face aux versaillais) est un précurseur. De ses voyages dans le Maghreb, il ramène nombre de notes sur l'instrumentarium, les usages musicaux, les systèmes poétiques, et plein de mélodies. Alors certes, il ne perçoit pas l'importance de la modalité et n'hésite pas à harmoniser tout ça pour le faire entendre aux parisiens... Mais c'est la première fois qu'un occidental traite cette musique avec intérêt et même respect (hors la (grosse) faute de goût de l'harmonisation). Il élabore aussi une théorie, basée sur l'étude du système de versification qui ferait de certains peuples berbères des celtes... autant dire des cousins...
Plus tard, Alexis Chottin est à l'origine de la création d'un conservatoire de musique traditionnelle au Maroc, et si l'idée d'un conservatoire peut paraître grotesque, de son temps la possibilité que ne se perdent certaines spécificités dans l'interprétation du répertoire savant d'Afrique du nord était une triste réalité.
Rodolphe d'Erlanger, en organisant le congrès du Caire en 1932 ne saurait se voir reprocher ses efforts...
Je pourrai en citer d'autres qui ne me semblent avoir jamais manqué de respect face à une société extra-européenne... Et qui ont permis qu'on en sache un peu sur des cultures à l'agonie.

Hugo Zemp avec les 'Are 'are a fait un travail admirable, sans jugement moral (nombre des hommes qu'il fait parler ont pratiqué l'anthropophagie...), en donnant la parole à ceux qui avaient encore une connaissance large des us... Et qui sont aujourd'hui disparus (lire : "Ecoute le bambou qui pleure"...).
Les ethnomusicologues ne sont pas, du moins je le crois pour en avoir lu pas mal, dans l'appropriation... Surement qu'ils peuvent faire des erreurs, et qu'ils en font, mais les méthodes et la philosophie de ces recherches ont évolué, comme celle de de l'anthropologie, et sans doute parallèlement à elle (évolution qui doit ans doute beaucoup à l'auteur de Triste tropique... qui n'est pas le pire des bonshommes).
Mais moi aussi je m'interroge... L'enfer est pavé de bonnes intentions...
Suis-je trop curieux ?
Gilles
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
On n’est jamais à mon avis trop curieux. Soit peu ou pas du tout fait de nous des moutons de Panurge, soit pas assez et s’arrêtant en chemin on en ressort vaniteux, donc ennuyeux. Curieux ne voulant surtout pas dire indécent.
Merci pour les informations ethnologiques, j’en connaissais certains, il me reste à en découvrir et à approfondir ( et à me débarrasser avant de la pendule!).
Ce qui me semble intéressant chez les hommes de terrain, ceux qui ont vécu physiquement ce que l’on peut lire d'eux, c’est leur inébranlable propension à se remettre en question pour pouvoir aborder la réalité de leurs découvertes. Et je suis toujours impressionné par le décalage entre leurs explications de vive voix, quand je peux les aborder, et l’idée que je me suis fait en lisant leurs écrits.
Ah! si on pouvait, quand on découvre quelque chose de nouveau, nous affranchir de notre passé, notre éducation et nos automatismes pour appréhender et observer cette découverte avec la logique, l’héritage, la pensée acquise de celui que l’on étudie!
Cela éviterait par exemple à certains hommes d’état de sombrer dans l’absurdité quant à l’expression de leur jugement sur la valeur des civilisations et des cultures, un exemple récent le prouve.
C’est pour ça que je me méfie de mon jugement. J’aimerais avoir appris les clefs qui me permettraient d’apprendre à rentrer dans une forêt comme on m’a appris à rentrer dans une église.
Le temps passe, il y a encore du trajet!
Merci pour les informations ethnologiques, j’en connaissais certains, il me reste à en découvrir et à approfondir ( et à me débarrasser avant de la pendule!).
Ce qui me semble intéressant chez les hommes de terrain, ceux qui ont vécu physiquement ce que l’on peut lire d'eux, c’est leur inébranlable propension à se remettre en question pour pouvoir aborder la réalité de leurs découvertes. Et je suis toujours impressionné par le décalage entre leurs explications de vive voix, quand je peux les aborder, et l’idée que je me suis fait en lisant leurs écrits.
Ah! si on pouvait, quand on découvre quelque chose de nouveau, nous affranchir de notre passé, notre éducation et nos automatismes pour appréhender et observer cette découverte avec la logique, l’héritage, la pensée acquise de celui que l’on étudie!
Cela éviterait par exemple à certains hommes d’état de sombrer dans l’absurdité quant à l’expression de leur jugement sur la valeur des civilisations et des cultures, un exemple récent le prouve.
C’est pour ça que je me méfie de mon jugement. J’aimerais avoir appris les clefs qui me permettraient d’apprendre à rentrer dans une forêt comme on m’a appris à rentrer dans une église.
Le temps passe, il y a encore du trajet!
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
brunolug a écrit:
Ah! si on pouvait, quand on découvre quelque chose de nouveau, nous affranchir de notre passé, notre éducation et nos automatismes pour appréhender et observer cette découverte avec la logique, l’héritage, la pensée acquise de celui que l’on étudie!
Je crois que c'est une grande tendance de l'ethnologie aujourd'hui... Mais pour autant est-ce satisfaisant puisque le propos est de mettre à notre portée (à nous autres occidentaux) des savoir-faire (des savoir-vivre, etc...) dont justement nous n'avons pas les codes.
Peut-être que la seule clé de lecture in fine convenable devrait présenter un caractère universel, et donc sans s'appuyer ni sur notre façon ni sur celle mise à l'étude... mais dans ce cas qui partirait de ce qui est commun pour préciser ce qui diffère entre l'une et l'autre société.
Cela pourrait être utile aux uns et aux autres, ne serait-ce que pour mieux se comprendre, et s'apprécier dans la différence.
Oui, certaines expressions politiques ont de quoi surprendre ! Mais le passé pourrait nous fournir quelques clés de lecture. Comment communiquait-on autrefois en temps de guerre ?
Et puisqu'on nous parle sans cesse de guerre économique, ne sommes nous pas en temps de guerre ? Et dans ces temps confus, n'a-t-on pas utilisé des boucs émissaires pour souder le troupeau autour de son chef (et maître...) ?
Qu'ils croient ou non ce qu'ils disent n'a plus vraiment d'importance (ils sont justes soit ignares, soit machiavéliques...), constatons que nous en sommes revenu au temps de la propagande la plus basique qui soit, et qui s'appuie sur la peur pour faire son chemin.
Nous vivons des temps qui en rappellent d'autres... Hélas !
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Avons-nous été seulement un jour en paix?
Il nous faut donc apprendre à passer entre les ombres.La musique est une dimension qui n'appartient pas à ce monde obscur, même si des tentatives d'incursions parfois surgissent.La musique nous aide à prendre les virages, quelque soit...la théorie!
Il nous faut donc apprendre à passer entre les ombres.La musique est une dimension qui n'appartient pas à ce monde obscur, même si des tentatives d'incursions parfois surgissent.La musique nous aide à prendre les virages, quelque soit...la théorie!
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Et c'est sans doute le bon moment pour ré-affirmer que dans le couple pratique/théorie, c'est bien sûr la pratique qui prime ! J'utilise toujours, 40 ans après, une petite phrase pour me recadrer si je me vois partir en vrille : "il faut croquer la pomme pour en connaître le goût" (Mao Tse Toung, dans son essai philosophique "de la théorie et de la pratique" - Le coquin ! J'ai découvert quelques années plus tard qu'il n'a jamais fait que resservir les meilleures sentences de ses innombrables ainés).
D'ailleurs, en appliquant cette règle de bon sens (voire même une once de manipulation en utilisant le levier de la frustration (la théorie, c'est pas pour toi !)), le plus souvent, les élèves à priori rétifs peuvent se révéler très goulus !
Le plus joli paradoxe dans tout cela reste que la théorie bien comprise est un élément déterminant de liberté, tout comme peut l'être l'interprétation à partir d'une partition (pourtant souvent vécue comme un enfermement), alors que l'emprisonnement est bien souvent dans la reproduction "routinière" d'un modèle selon l'oralité... Ahhh... C'est pas si simple !
Gilles
D'ailleurs, en appliquant cette règle de bon sens (voire même une once de manipulation en utilisant le levier de la frustration (la théorie, c'est pas pour toi !)), le plus souvent, les élèves à priori rétifs peuvent se révéler très goulus !
Le plus joli paradoxe dans tout cela reste que la théorie bien comprise est un élément déterminant de liberté, tout comme peut l'être l'interprétation à partir d'une partition (pourtant souvent vécue comme un enfermement), alors que l'emprisonnement est bien souvent dans la reproduction "routinière" d'un modèle selon l'oralité... Ahhh... C'est pas si simple !
Gilles
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Tu as raison la reproduction routinière d’un modèle selon «l’oralité» conduit fréquemment à des situations d’expression de pantomime burlesque. Cela n’en donne donc que plus de valeur à ceux qui se sont frottés à cet apprentissage et qui ont su en faire une analyse pertinente pour en arriver à obtenir un silence et une écoute religieuse de leur auditoire dès la première note posée sur leur guitare ou la première touche enfoncée de l’accordéon.
En revanche il est vrai que l' apprentissage de la théorie offrira effectivement toujours l’avantage de la liberté de détermination. Elle permet, entre autre, par exemple, de pouvoir choisir d' accéder à la technicité virtuose. Cela permet effectivement, et c’est bien commode, de pouvoir alors paraître dans toutes les situations. Reste à déterminer à quelle hauteur de l’échelle des valeurs l’auditeur place ce sentiment.
Il reste donc à l’individu dans un cas comme dans l’autre à se déterminer.
L’expression de la connaissance, quelle que soit le mode d’acquisition, reste donc bien de la responsabilité de celui qui en fait usage.
En revanche il est vrai que l' apprentissage de la théorie offrira effectivement toujours l’avantage de la liberté de détermination. Elle permet, entre autre, par exemple, de pouvoir choisir d' accéder à la technicité virtuose. Cela permet effectivement, et c’est bien commode, de pouvoir alors paraître dans toutes les situations. Reste à déterminer à quelle hauteur de l’échelle des valeurs l’auditeur place ce sentiment.
Il reste donc à l’individu dans un cas comme dans l’autre à se déterminer.
L’expression de la connaissance, quelle que soit le mode d’acquisition, reste donc bien de la responsabilité de celui qui en fait usage.
Re: OUI ! Mais quelle flûte de Pan ?
Tu dis : "Il reste donc à l’individu dans un cas comme dans l’autre à se déterminer."
C'est un peu ça le problème... Pour faire un choix, il faudrait avoir d'abord quelques clés...
Pour être pleinement d'accord avec ta phrase finale, il faudrait que ces clés soient plus accessibles... On est pas égaux devant la culture...
Quant à cette facilité à séduire un auditoire, pour ce que j'en ai vu, ça peut s'expliquer de bien des façons... Le culot, de nos jours, paye pas mal...
Mais parmi ceux qui "passent" vraiment bien, le top pour moi ne s'explique pas seulement par une forme de technicité musicale (qu'elle soit savante ou autre) mais par une authentique authenticité. Mais même ça aujourd'hui peut être feint... Au delà de l'apparence, de la façade, y'a quoi ?
La fréquentation des professionnels m'en a appris pas mal, et je prend mon temps pour me faire une opinion... C'est plus simple avec les amateurs qui n'ont pas le plus souvent à se coltiner une "image".
Et globalement, s'il est vrai que l'on peut imaginer qu'une pratique seulement, sans tout le background théorique donc, vaut intrinsèquement, par elle-même, l'expérience d'enseignant m'a appris que l'approche théorique est un élément remarquable de redondance (indispensable) qui évite le simple rabâchage (redondance "primaire") de faible valeur pédagogique. Ça permet souvent de pointer le même phénomène de façon différente, de l'apprécier sous un éclairage différent... Rien que ça justifie à mes yeux qu'on en passe par là. Et quand mes élèves pigent ça, c'est eux qui en redemandent (quelque soit l'âge du sujet...).
C'est un peu ça le problème... Pour faire un choix, il faudrait avoir d'abord quelques clés...
Pour être pleinement d'accord avec ta phrase finale, il faudrait que ces clés soient plus accessibles... On est pas égaux devant la culture...
Quant à cette facilité à séduire un auditoire, pour ce que j'en ai vu, ça peut s'expliquer de bien des façons... Le culot, de nos jours, paye pas mal...
Mais parmi ceux qui "passent" vraiment bien, le top pour moi ne s'explique pas seulement par une forme de technicité musicale (qu'elle soit savante ou autre) mais par une authentique authenticité. Mais même ça aujourd'hui peut être feint... Au delà de l'apparence, de la façade, y'a quoi ?
La fréquentation des professionnels m'en a appris pas mal, et je prend mon temps pour me faire une opinion... C'est plus simple avec les amateurs qui n'ont pas le plus souvent à se coltiner une "image".
Et globalement, s'il est vrai que l'on peut imaginer qu'une pratique seulement, sans tout le background théorique donc, vaut intrinsèquement, par elle-même, l'expérience d'enseignant m'a appris que l'approche théorique est un élément remarquable de redondance (indispensable) qui évite le simple rabâchage (redondance "primaire") de faible valeur pédagogique. Ça permet souvent de pointer le même phénomène de façon différente, de l'apprécier sous un éclairage différent... Rien que ça justifie à mes yeux qu'on en passe par là. Et quand mes élèves pigent ça, c'est eux qui en redemandent (quelque soit l'âge du sujet...).
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